Dimanche 31 janvier 2010 à 15:31

Emprunts.

"L'argent est un bon serviteur mais un mauvais maître"
                           Jean-Benjamin de Laborde.

Vendredi 29 janvier 2010 à 15:48

Emprunts.

Sous les ifs noirs qui les abritent,
Les hiboux se tiennent rangés,
Ainsi que des dieux étrangers,
Dardant leur œil rouge. Ils méditent.

Sans remuer ils se tiendront
Jusqu'à l'heure mélancolique
Où, poussant le soleil oblique,
Les ténèbres s'établiront.

Leur attitude au sage enseigne
Qu'il faut en ce monde qu'il craigne
Le tumulte et le mouvement ;

L'homme ivre d'une ombre qui passe
Porte toujours le châtiment
D'avoir voulu changer de place.

Baudelaire - Les Fleurs du Mal

Mercredi 13 janvier 2010 à 20:48

Emprunts.

   - Je vous plains d'être opprimé, mais je vous plains d'être janséniste. Toute secte me paraît le ralliement de l'erreur. Dites moi s'il y a des sectes en géométrie.
   - Non, mon cher enfant, lui dit en soupirant le bon Gordon; tous les hommes sont d'accord sur la vérité quand elle est démontrée, mais ils sont trop partagés sur les vérités obscures.
   - Dites sur le faussetés obscures. S'il y avait eu une seule vérité cachée dans vos amas d'arguments qu'on ressasse depuis tant de siècles, on l'aurait découverte sans doute; et l'univers aurait été d'accord au moins sur ce point-là. Si cette vérité était nécessaire comme le soleil l'est à la terre, elle serait brillante comme lui. C'est une absurdité, c'est un outrage au genre humain, c'est un attentat contre l'Etre infini et suprême de dire : "il y a une vérité essentielle à l'homme, et Dieu l'a cachée."

Voltaire - L'Ingénu

Jeudi 15 octobre 2009 à 21:12

Emprunts.

   Beau de la beauté de l'empereur Nicolas, qu'il rappelait par le torse, mais moins idéal de visage et moins grec de profil, il portait une courte barbe, restée noire, ainsi que ses cheveux, pas un mystère d'organisation ou de toilette... impénétrable, et cette barbe envahissait très haut ses joues, d'un coloris animé et mâle. Sous un front de la plus haute noblesse, - un front bombé, sans aucune ride, blanc comme le bras d'une femme, - et que le bonnet à poil du grenadier, qui fait tomber les cheveux, comme le casque, en le dégarnissant un peu au sommet, avait rendu plus vaste et plus fier, le vicomte de Brassart cachait presque, tant ils étaient enfoncés sous l'arcade sourcilière, deux yeus étincelants, d'un bleu très sombre, mais très brillants dans leur enfoncement, et y piquant comme deux saphirs taillés en pointe ! Ces yeux la ne se donnaient pas la peine de scrutter, et ils pénétraient.
 
Barbey d'Aurevilly - Les Diaboliques, Le rideau cramoisi

Jeudi 1er octobre 2009 à 21:54

Emprunts.

http://upload.wikimedia.org/wikipedia/commons/thumb/a/ab/JoyceUlysses2.jpg/280px-JoyceUlysses2.jpg
Traduit de l'anglais par Auguste Morel assisté de Stuart Gilbert. Traduction entièrement revue
par Valery Larbaud avec la collaboration de l'auteur.

   Majestueux et dodu, Buck Mulligan parut en haut des marches, porteur d'un bol mousseux sur lequel reposaient en croix rasoir et glace à main. L'air suave du matin gonflait doucement derrière lui sa robe de chambre jaune, sans ceinture. Il éleva le bol et psalmodia :
   - Introïbo ad altare Dei.
   Puis arrêté, scrutant l'ombre de l'escalier en colimaçon, il jeta grossièrement :
   - Montez, Kinch. Montez, abominable jésuite.
   Et d'un pas solennel il gagna la plateforme de tir. Avec gravité, se tournant vers elles, il bénit par trois fois la tour, la campagne environnante et les montagnes qui s'éveillaient. Apercevant alors Stephen Dedalus, il s'inclina dans sa direction, en traçant de rapides croix en l'air, avec des hochements de tête et des glouglotements. Accoudé sur la dernière marche, somnolent et contrarié, Stephen Dedalus considérait avec froideur le visage remuant et glouglotant qui le bénissait, tête chevaline aux cheveux sans tonsure, grenus et de la teinte du chêne clair.
   Buck Mulligan avait jeté un rapide coup d'œil sous le miroir à main puis recouvert le bol d'un geste vif.
   - A la boite, dit-il, catégorique.

***

Nouvelle traduction sous la direction de Jacques Aubert. Traduit de l'anglais par Jacques Aubert,
Pascal Bataillard, Michel Cusin, Sylvie Doizelet, Patrick Drevet, Stuart Gilbert, Bernard Hoepffner,
Valery Larbaud, Auguste Morel, Tiphaine Samoyault et Marie-Danièle Vors.

   En majesté, dodu, Buck Mulligan émergea de l'escalier, porteur d'un bol de mousse à raser sur lequel un miroir et un rasoir reposaient en croix. Tiède, l'air matinal soulevait doucement derrière l'homme une robe de chambre jaune dénouée à la taille. Elevant haut le bol, il entonna :
   - Introibo ad altare Dei
   A l'arrêt, son regard plongea dans le sombre escalier en colimaçon et il enjoignit d'un ton canaille :
   - Allez, monte, Knich. Allez, monte, espèce d'affreux jésuite.
   Solennel, il s'avança et grimpa sur la banquette de tir circulaire. S'étant retourné, il bénit, par trois fois, grave, la tour, le pays environnant et les montagnes en cours d'éveil. Puis, apercevant Stephen Dedalus, il se pencha vers lui et dessina dans l'air des croix rapides, roucoulant du gosier et hochant la tête. Stephen Dedalus, mécontent et ensommeillé, s'appuya sur le haut des marches et regarda froidement ce visage qui le bénissait, tout en longueur chevaline, roucoulant et secoué de hochements et la chevelure blonde, indemne de tonsure, qui avait du chêne clair le grain et al nuance.
   Buck Mulligan jeta un rapide coup d'œil sous le miroir avant de recouvrir le bol vivement.
   - Au paddock, fil-il, sévère.

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